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Neurosciences de l’éveil (3/5). Ce que dit la science

Entre neurosciences et traditions contemplatives, une question fascinante émerge : existe‑t‑il un lien entre ce que les scientifiques appellent le "réseau neuronal par défaut" et ce que les voies spirituelles nomment "éveil" ?

Le réseau neuronal par défaut : notre bavardage intérieur

Le réseau neuronal par défaut (RND) est actif quand nous ne sommes pas concentrés sur le monde extérieur, pendant la rêverie, l'introspection, ou quand l'esprit vagabonde. Selon les neurosciences, ce réseau comprend des aires de réception et réacheminement de l'information liées aux pensées centrées sur soi (cortex cingulaire postérieur, cortex préfrontal médian, gyrus angulaire). Un sous‑système dorsal médian, activé quand on pense aux autres. Un sous‑système temporal médian, lié à la mémoire autobiographique et aux projections dans le futur.

Ce réseau est considéré comme "la base neurologique du soi". Il s'active quand nous nous souvenons du passé, planifions l'avenir, ou pensons à notre propre état émotionnel.


Les découvertes scientifiques : corrélations intrigantes


le cerveau méditant

Les recherches documentées montrent des liens fascinants entre modifications du RND et états contemplatifs.


Études sur la méditation

Brewer et al. (2011), dans une étude publiée aux Proceedings of the National Academy of Sciences, ont démontré que les méditants expérimentés présentent une activité réduite du réseau par défaut pendant la méditation et au repos.

Garrison et al. (2015) ont confirmé que la méditation entraine une réduction de l'activité du RND au‑delà des tâches actives.

Simon & Engström (2015) ont proposé d'utiliser le RND comme biomarqueur pour suivre les effets thérapeutiques de la méditation.

Ces études montrent que l'entrainement méditatif augmente la capacité à "désactiver" volontairement le RND, permettant une plus grande présence au moment présent.


Études sur les psychédéliques

Gattuso et al. (2023) ont publié une revue systématique dans l'International Journal of Neuropsychopharmacology montrant que les psychédéliques réduisent significativement l'activité du réseau par défaut, fonctionnant comme une sorte de "redémarrage" du cerveau.

Palhano‑Fontes et al. (2015) ont documenté que l'ayahuasca module l'activité et la connectivité du RND.

Nour et al. (2016) ont validé l'Ego‑Dissolution Inventory (EDI), établissant un lien entre réduction du RND et expériences de dissolution de l'ego.


Ces recherches montrent que les expériences mystiques induites corrèlent avec des changements mesurables dans l'intégrité et la ségrégation des réseaux cérébraux.


Ce que la science peut et ne peut pas affirmer

Il faut rester prudent dans l'interprétation. Les études établissent des corrélations robustes entre modifications du RND et les effets mesurables de la méditation, de la dissolution de l'ego induite par psychédéliques, et de certains états de conscience modifiés documentés.

Cependant, le lien avec "l'éveil spirituel" au sens traditionnel reste plus indirect et problématique :

– L'éveil spirituel n'a pas de définition scientifique consensuelle

– Les traditions spirituelles décrivent différents états d'éveil

– Il n'existe pas d'instrument de mesure standardisé

– Les études portent sur des expéreinces ponctuelles et non sur des transformations durables


Peut‑on étudier l'éveil permanent ?

L'étude la plus substantielle sur les états durables est celle de Jeffery Martin (2020), qui a interrogé 319 participants rapportant vivre ce que Martin nomme expériences non‑symboliques persistantes, PNSE, terme neutre pour éveil, non‑dualité, etc.

La méthodologie se base sur des entretiens semi‑structurés de 6 à 12 heures, analysés via théorie ancrée et analyse thématique.

Martin a identifié 5 catégories fondamentales de changement : sens de soi, cognition, affect, perception et mémoire. Les témoignages forment des groupes phénoménologiques cohérents, organisés en "locations" correspondant à différents niveaux d'intensité.

Les limites majeures de l'étude porte sur le fait que les évaluations sont purement qualitative basée sur l'auto‑évaluation, qu'il n'y a pas de groupe contrôle, pas non plus de mesures neurobiologiques objectives, un manque de réplication indépendante.


En conclusion

Les neurosciences ont identifié des corrélats cérébraux aux pratiques contemplatives et aux expériences de dissolution de l'ego. Cependant, réduire l'éveil spirituel, concept multidimensionnel variant selon les traditions, à un simple pattern neuronal serait réducteur.

Les corrélats cérébraux nous donnent des indices précieux, mais la nature subjective et transformationnelle de ces expériences dépasse largement ce que nous pouvons actuellement mesurer.


La science peut éclairer certains aspects des pratiques spirituelles, mais elle ne peut prétendre valider ou invalider des expériences qui relèvent également d'autres dimensions de l'existence humaine.


1 commentaire


Passionnant ! Ca donne envie de multiplier les expériences et de lire et relire. C’est ma série préférée du blog. Pour le moment !

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