Ton corps porte ce que tu ne dis pas
- Édaa

- 16 févr.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Commence par poser ta main là… Oui, là, sur ton sternum. Presse doucement. Qu'est‑ce que ça te renvoie ? Une sensation de lourdeur ? De vide ? D'agacement ? Ou… rien du tout ?
Cette absence de sensation, justement, elle dit quelque chose.
Ton corps parle. Constamment. Mais tu as peut‑être appris à ne plus l'entendre.
La mémoire que tu ne soupçonnes pas
Tu sais ce qu'on raconte dans les thérapies verbales ? Des histoires.
On se raconte une version de nous‑mêmes, cohérente, digeste, supportable. Le cerveau, poussé par la partie survie, construit des biais cognitifs, s'arrange pour que tout fasse sens… même quand ça n'en fait pas vraiment.
Mais le corps, lui, ne ment jamais.
Il inscrit. Il archive. Il porte.
Les colères ravalées se logent dans ta mâchoire. Les mots que tu n'as pas osé dire serrent ta gorge. Le poids que tu portes seul·e courbe ton dos. La peur que tu caches noue ton ventre.
Ce n'est pas une métaphore. C'est physiologique.
Le toucher est le sens le plus émotionnel dont nous disposons. Passer par le corps donne la possibilité de revivre réellement les évènements émotionnels anciens mal gérés.
"Réellement" signifie qu'on les sent comme s'ils étaient actuels, qu'ils nous reviennent en mémoire corporellement et émotionnellement.
Pas en récit. En sensation brute.

Ce que tu retiens… te retient
Regarde tes épaules. Sont‑elles remontées, comme si tu te protégeais en permanence d'un danger invisible ?
Cette posture, c'est peut‑être celle que tu as adoptée à huit ans, quand tu as cru comprendre qu'exister trop fort dérangeait. Ou à quinze, quand tu as cessé de demander de l'aide parce qu'on te renvoyait que tu étais "trop sensible".
Ton système nerveux n'oublie rien. Il organise ta survie. Et quand les émotions ne peuvent pas s'exprimer… elles s'impriment.
Elles deviennent tensions. Blocages. Douleurs chroniques.
Ton corps porte littéralement ce que tu n'as jamais dit : à toi‑même, aux autres, au monde.
Quand le cri est coincé
Il y a des gens qui n'ont jamais vraiment crié. Jamais hurlé leur rage, leur injustice, leur désespoir. Ils ont appris très tôt à "se contrôler", à "gérer leurs émotions", à "la fermer".
Sauf qu'une émotion, ça ne se gère pas. Ça se vit. Ça traverse. Ça circule.
Si tu bloques, si tu fermes, le mouvement reste coincé. Et il finit par te faire mal… ailleurs… Migraine, lombalgie, insomnie, irritation permanente…
C'est le langage du corps. Il te supplie de l'écouter.
L'invitation : revenir habiter
Alors… et si tu commençais par revenir ? Pas intellectuellement, non surtout pas, mais physiquement.
Pose ta main sur ton ventre.
Respire.
Trois fois.
Lentement.
Qu'est‑ce que mon corps essaie de me dire en ce moment ?
Peut‑être que la réponse ne viendra pas tout de suite. Peut‑être qu'elle émergera sous forme de larmes inattendues, de bâillements profonds, de tremblements subtils.
C'est normal. C'est même précieux.
Les tremblements libérateurs, par exemple, permettent de relâcher les tensions accumulées et de retrouver un état d'équilibre. Mais nous les contenons instinctivement, parce que trembler nous rend vulnérables… alors les tensions s'accumulent, et l'épuisement n'est pas loin.
La libération corporelle, ce n'est pas spectaculaire. C'est intime. C'est lent. C'est tendre.

Tu n'es pas cassé·e
Ton corps n'est pas "bloqué" parce qu'il dysfonctionne. Il est bloqué parce qu'il te protège. Depuis toujours.
Il a fait ce qu'il pouvait avec ce qu'il avait : une enfance, des injonctions, des silences, des abandons, des violences peut‑être.
Alors aujourd'hui, si tu veux vraiment avancer… commence par le remercier.
Remercie ce dos tendu qui a tout porté.
Cette gorge serrée qui a tout retenu.
Ce ventre crispé qui a tout absorbé.
Et puis… offre‑lui enfin la permission de lâcher.


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